J’ai testé pour vous : un cours de self-défense féminin


Prévenir / jeudi, mai 31st, 2018

Du self défense réservé aux femmes : c’est ce que propose l’association Lille Ring United. Cette pratique, inspirée notamment du jiu-jitsu brésilien, promet d’être efficace dans les contextes difficiles qu’une femme peut rencontrer. Quelques leçons à retenir.

Les élèves s’entraînent au corps à corps sous la supervision du coach

Ce mercredi soir, dans la salle Lestiboudois, à Lille-Vauban, une dizaine de filles se rassemblent en cercle autour de leur coach pour commencer leur entraînement régulier. Certaines ont été attirées par la pratique d’une nouvelle activité physique, d’autres sont venues tester leurs limites et quelques-unes ont déjà été confrontées à des situations violentes. Elles ont ressenti, par la suite, le besoin de ne plus être prises au dépourvu.

Mustapha Rakem, surnommé “Mous”, les assiste pas à pas dans la découverte. Passé par la boxe, la lutte et le karaté (au niveau national), ce Lillois d’origine marocaine se consacre désormais avec son collègue Kader au self-défense. Et en particulier au jiu-jitsu. Un choix dicté par l’exigence de répondre à une demande de plus en plus forte de la part des jeunes filles du quartier : « C’est un collectif féministe qui nous a demandé d’animer l’atelier », explique l’entraîneur. « C’est vrai qu’on entend parler d’un tas d’histoires d’agressions et de violences domestiques déchirantes dans les médias… Après, forcément, il faut s’accrocher à quelque chose pour se sentir en sécurité. »

Un drôle d’ensemble, au nom de l’efficacité

Le Lille Ring United propose une approche interactive et ludique d’apprentissage, à partir de séquences réalistes. Pour créer les bons scénarios, Mustapha et son collègue décortiquent les faits d’agressions domestiques et de rue qu’ils retrouvent dans l’actualité : « On visualise les différentes situations et on voit que le plus souvent on va tirer par les cheveux, essayer de gifler, bloquer dans un coin et mettre par terre ou faire tomber sur le dos. On configure le cours à partir de cela », raconte-t-il.

La méthode enseignée par Mustapha s’inspire de différents arts martiaux asiatiques. Il déclare avoir pris le meilleur de chaque style, comme le stick-grappling des Japonais et les couteaux des Indonésiens. Non sans prévoir des adaptations: « On travaille rigoureusement avec des bâtons courts, ceux qu’on peut trouver dans la rue, et des gants fins pour faire du contact », détaille-t-il. Quant aux couteaux ? « C’est important de savoir les manier. La façon  dont un adversaire tient un couteau peut vite faire comprendre s’il est dangereux pour se positionner en conséquence ».

Dans les grandes lignes, lors des séances…

Le cours en salle commence avec un échauffement d’une quinzaine de minutes, au cours duquel les élèves exécutent et répètent en boucle les séquences des mouvements vus auparavant. Debout, sans protections, supervisées par l’entraîneur. Dans une atmosphère détendue qui fait presque oublier que le risque de devoir s’en servir est réel.

Une seule règle incontournable : si on a mal, on tape et l’exercice s’arrête. Lors de mon premier essai, avec l’adrénaline dans mon corps, j’ai plutôt ressenti le besoin de crier et une douleur aux muscles m’a ramenée au moment présent. « Les bons gestes deviennent petit à petit presque innés, explique Turia, élève habituée des séances de self-défense. « Ce qui légitime une assurance et une confiance en soi ». Devenir de plus en plus rapide dans la mise en pratique des prises est également fondamental : « C’est comme pour une langue, commente Mustapha. « Si tu la travailles un peu, tout le temps, tu as plus de réflexes, donc tu es plus efficace sur le long terme. »

Les filles s’échauffent en binôme

De nombreux cas de figures s’enchaînent. On va des techniques de protection plus naturelles, comme le coup d’épaule dans la poitrine ou le blocage des mains, jusqu’à celles qui peuvent paraître plus extrêmes, comme l’étranglement. « Personnellement, je n’aurais jamais eu le cran, auparavant, d’effectuer un tel geste », commente Tifenn, une autre élève. « Un geste que je n’ai rencontré que dans les films ». Pourtant, comme l’explique le professeur, si quelqu’un tient fermement une personne sans intention de la lâcher, la victime doit pouvoir la neutraliser. Le but étant littéralement d’assumer l’agresseur.

« Prenez les tapis, on va maintenant réviser le retournement depuis la position montée. » Les quelques filles présentes se regroupent pour suivre attentivement les explications et la démonstration du nouvel exercice. Au départ, deux corps sont à terre, positionnés l’un sur l’autre. La victime est en-dessous. L’entraîneur explique à voix haute les mouvements à reproduire, en les motivants : « Vous pliez les jambes, pour limiter les mouvements à droite et à gauche de l’agresseur. Votre force est dans les hanches, vous vous en servez pour le bloquer. Ensuite vous faites un câlin bien serré pour l’empêcher de se lever. Vous tapez sur les biceps avec les coudes, puis vous lui claquez la tête au sol en roulant sur les épaules, vous le jetez et vous partez. » En quelques étapes, les jeux sont faits, nous avons mis notre binôme K.O. Et moi, je me rends compte avec surprise de la force invisible qui se cache dans certaines parties du corps.

Le détournement

Pendant les cours, les partenaires travaillent le plus souvent au corps à corps, une distance qui permet de tenir et d’apprivoiser les mouvements incontrôlés du potentiel agresseur : « Quand il y a moins de contacts physiques et que les prises sont plus lâches, on s’appuie sur des éléments extérieurs, comme les murs par exemple », rajoute Mustapha.Les combats se terminent régulièrement au sol, une fois l’adversaire soumis, souvent en riant à cause des efforts et des tortillements.

« Toute personne entraînée peut venir à bout de son agresseur »

Le cours ne s’appuie pas sur la puissance ou la forme physique. L’idée est de permettre à une personne de petite corpulence de résister face à un adversaire plus grand et plus fort. Et même de l’emporter. À condition d’avoir fait ses devoirs: « Ce n’est pas parce qu’un agresseur a l’air costaud qu’on va se persuader de n’être pas capable de le retourner, de le soulever et de le faire tomber », explique l’entraîneur. Les pires choses arrivent souvent quand on s’y attend le moins, mais si à ce moment-là on a les bons réflexes, on peut prévenir choc et blessures. Il y a trois ans, une ancienne élève de Mustapha qui travaillait dans un hôpital lillois a été attaquée par un patient du secteur psychiatrique. Elle a été capable de le tenir, de le ramener au sol et de le bloquer avant que les services de sécurité n’arrivent.

Les surfaces telles que les murs peuvent aider à parvenir à une avancée

Le jiu-jitsu brésilien est un moyen de défense qui célèbre la victoire des faibles sur les forts et la puissance de la ruse. Cela contribue à casser les a priori hommes-femmes dans les rapports de force. Mustapha a d’ailleurs été témoin de plusieurs épisodes de scepticisme, notamment quand il a décidé d’ouvrir des séances de combats mixtes il y a quelques années. Il explique l’échec de la participation masculine par le fait que qu’ils se faisaient suffisamment battre pour se vexer. Une fois, une de ses élèves parmi les plus petites, mais aussi à l’esprit le plus bagarreur, luttait contre un garçon qui la sous-estimait. Quand il a voulu montrer sa force en la soulevant, elle lui a fait une clé d’épaule décisive : « Il était tellement orgueilleux, se souvient le coach, qu’il n’a pas voulu abandonner, au risque de casser son bras. »

Combat en plein air

Dès qu’il fait beau, une partie de l’entraînement a lieu dans la rue et en habits de ville. Il s’agit d’exercices de mise en situation, deux par deux, qui s’appuient sur des thématiques diverses. Le coach attribue les rôles et donne une consigne en cachette à l’agresseur. L’agressée doit ensuite se débrouiller pour sortir de son emprise. Le compte à rebours est lancé : deux minutes pour atteindre l’objectif. Si on tombe par terre, il ne faut pas se laisser faire. Tout ce qui est autour de nous (les antennes de voitures, les briques et les gouttières) peut potentiellement être ramassé et nous aider : « Ça tombe bien parce qu’ici on est dans une impasse, donc on ne peut pas se sauver, on est obligés d’essayer de réfléchir rapidement. »

Le combat au sol peut être, à la longue, très épuisant

Dans une bagarre réelle, il n’est pas évident de trouver la bonne tactique de diversion pour avoir le dessus. Tifenn, 19 ans et en première année de self-défense, a fait il y a quelques semaines une petite crise de panique lors d’un combat.  « J’ai réalisé qu’une agression pouvait être très stressante. Dès qu’on galère, l’anxiété peut amener à ne plus savoir réagir. Et c’est aussi cela que les cours m’ont appris : garder mon sang froid. Et surtout, ne pas abandonner ! » Comme le dit souvent l’entraîneur, un coup est toujours douloureux mais le plus important est de savoir l’encaisser. Une vraie devise de vie. Malgré les différentes situations reproduites lors des cours de self-défense, un petit groupe de jeunes filles est venue, un jour, s’entraîner en tenue d’hôtesse d’accueil. Histoire de tester leur défense avec des mouvements réduits.

9 petites astuces pour se sauver

  • Avant d’en venir aux mains, si on est encore hors distance, il est toujours souhaitable d’essayer de partir en courant dès que l’occasion se présente.

  • Si l’agresseur approche, il faut limiter à tout prix les réactions agressives, même s’il commence à nous insulter et à nous embêter avec insistance. Car si on lui répond, il va sûrement s’énerver et ce sera plus compliqué de travailler sur les différentes techniques.

  • On ne peut pas deviner les déplacements de l’agresseur mais on peut le pousser à se déplacer dans la direction où on le veut. On peut le maintenir dans un petit périmètre et le mettre dans une position où il n’aura qu’un seul choix de mouvement.

  • Si l’agresseur est juste devant nous et qu’il se montre violent, il ne faut pas laisser le moindre espace entre lui et vous.

  • Il faut toujours faire preuve de bon sens lors d’un combat : être stable dans ses appuis, les pieds bien ancrés au sol et mettre ses mains devant le visage pour ne pas prendre des coups. Ou encore essayer de faire perdre l’équilibre à l’agresseur et de limiter sa portée visuelle, en relevant par exemple son T-shirt sur sa tête.

    Il faut soigner les distances pour empêcher certains mouvements
  • Si on cible les points sensibles, c’est-à-dire les parties du corps qu’on utilise le moins et qui sont donc moins apparentes (comme l’intérieur des genoux, la gorge, derrière les oreilles) c’est sûr que ça fait mal…

  • Comme neuf fois sur dix c’est un garçon qui vous agresse, donnez toujours des coups qui visent le bas ventre.

  • Le combat doit durer le moins de temps possible. Au bout de cinq minutes, même une personne entraînée aux compétitions de lutte se fatigue et peut devenir une cible. Privilégier donc les mouvements justes. Si ça part dans tous les sens, c’est celui qui a le plus de souffle qui gagne !

  • Une fois la personne qui vous a agressé mise K.O., partez toujours dans la direction opposée.

Contact : Mustapha Rakem, tél. 06 60 44 04 77

Martina MANNINI

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